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Un
concert au palais des congrès, on appréhende toujours et
on regrette mais pas question de prendre le moindre risque météorologique :
on y tient trop au concert du trio de Denis Colin avec Gwen Matthews!
Le trio ouvre ce qui va devenir une histoire qui tiendra le public en
haleine pendant deux heures. Tout de suite, le jazz vivant est là,
réel, palpable et met en œuvre tant les risques de la recherche
et de l’impro que la rigueur sûre d’un groupe rodé.
Et puis…
Et puis elle entre en scène. Imposante, impressionnante, rayonnante.
La « black mama » au gilet noir à paillettes
est couronnée d’excentricité. Ses cheveux teints en
blond et coupés à ras sont sillonnés d’une
traînée rouge.
L’éclat de la funk percute l’énergie de la révolte
qui nourrit l’histoire du jazz. Le style, le scat, les mimiques,
les adresses au public d’une chanteuse qui sait ce qu’est
la scène, qui écoute ce qui vient de la salle, qui joue
avec nous.
Derrière elle, autour d’elle, avec elle un trio dont la discrétion
n’enlève rien à l’humour, au charme, à
la puissance. Denis Colin prend avec sa clarinette la couleur de la voix
de la chanteuse ; la composition du trio donne nécessairement
une tonalité grave, rompue par des tentatives haut perchées,
petites pointes de la soul des années 70. En prêtant l’oreille,
on perçoit l’adéquation totale de texture et de tonalité
entre les sons qui sortent du tube de la clarinette et de la gorge de
la chanteuse.
Entre les musiciens d’un trio qui existe depuis plus de quinze ans,
l’histoire sonore passe de main en main. Le violoncelle la complète,
développe des lignes et des phrases et la transmet plus complexe.
Le zarb de Paulo Cueco est toujours présent, toujours là
au bon moment, une percussion harmonique, presque mélodique. Malgré
l’acoustique parfois décevante de la salle du Palais des
Congrès, le son est coloré, cohérent, presque appétissant.
La complainte n’est qu’un prétexte pour des rythmes
évocateurs et des mélodies pleines de rondeurs. Enumération
toute en finesse des influences qui se rencontrent ici.
Des sources africaines aux lacs sud-américains, des champs de coton
aux « protest songs », l’histoire se construit,
forte et significative. Quand, après l’entracte, Gwen Matthews
attaque « Four women », la violence est tangible
et l’émotion palpable dans la salle. La frénésie
de « Crosstown Traffic » de Jimi Hendrix est contagieuse
et la chanteuse n’a aucun mal à faire chanter les spectateurs
puisque finalement « music is the healing force of the universe »
(la musique est le remède à tous les maux de l’univers).
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