Marc
Oriol, vous êtes allé à La Nouvelle Orléans
et vous en avez rapporté un film.
Marc : j’ai tourné ce film en avril-mai
2006, plus de six mois après le passage de l’ouragan. J’étais
allé faire des interviews de musiciens et c’est plus pratique
de filmer les entretiens en vidéo. Quand je les ai regardés,
j’ai trouvé que les monter en film montrerait bien la situation.
Ce sont des propos de musiciens, qui parlent de ce qui se passe là-bas
à ce moment-là.
Vous connaissiez déjà les musiciens que vous alliez
interviewer ?
Marc : Je connaissais certains musiciens pour
les avoir rencontrés l’été précédent
au festival de Périgueux, deux semaines avant l’ouragan.
Le rapport aux choses était donc tout à fait différent
: nous avions parlé musique et nous allions parler d’eux
dans une situation dramatique.
Et pourquoi y être allé après l’ouragan ?
Marc : finalement c’est un sentiment bizarre.
Ce n’est pas très agréable ni très confortable
d’aller regarder une région dévastée ;
ça met mal à l’aise, comment être témoin
sans être voyeur ? mais tout, que ce soit les dégâts
ou a reconstruction, mérite d’être raconté.
Les gens de là-bas ont une attente pour que ce soit dit. Ils
veulent qu’on ne croit pas que parce qu’on n’en parle
pas, tout va bien. Ils ont une impression d’être laissés
pour compte. J’ai répondu à ce besoin de pouvoir
dire et faire comprendre.
La ville a besoin de gens qui aiment la musique. Et ses habitants sont
reconnaissants à ceux qui s’intéressent à
ce qui fait vivre les musiciens.
Il y a ceux qui se sont exilés, ceux qui sont restés et
ceux qui sont entre les deux, qui restaurent tout en étant ailleurs.
C’est une ambiance spéciale dans les quartiers désertés.
Certains reconstruisent mais ne reviendront sans doute pas y habiter.
C’est donc la musique qui vous a conduit là-bas mais
quelle musique, le blues ?
Marc : la musique de La Nouvelle Orléans
ce n’est pas forcément le blues, c’est aussi le funk,
la soul, le jazz. J’ai beaucoup d’amis au festival de Périgueux
et je rencontre là beaucoup de musiciens.
Et votre « blues » ?
Marc : il me permet de me situer moi dans mon
rapport avec les événements. Le film ne donne pas mon
avis, il rapporte les propos des musiciens de là-bas, avec ma
chanson je donne mon avis.