Entretien du 2 juillet 2007 à propos de New Orleans Ballade, avec Marc Oriol, réalisateur du film, vidéaste, musicien et fin connaisseur de la Nouvelle-Orléans. Entretien paru dans la Jazzette n°56, 16 juillet 2007


photo Marc Oriol

Marc Oriol, vous êtes allé à La Nouvelle Orléans et vous en avez rapporté un film.
Marc : j’ai tourné ce film en avril-mai 2006, plus de six mois après le passage de l’ouragan. J’étais allé faire des interviews de musiciens et c’est plus pratique de filmer les entretiens en vidéo. Quand je les ai regardés, j’ai trouvé que les monter en film montrerait bien la situation. Ce sont des propos de musiciens, qui parlent de ce qui se passe là-bas à ce moment-là.

Vous connaissiez déjà les musiciens que vous alliez interviewer ?
Marc : Je connaissais certains musiciens pour les avoir rencontrés l’été précédent au festival de Périgueux, deux semaines avant l’ouragan. Le rapport aux choses était donc tout à fait différent : nous avions parlé musique et nous allions parler d’eux dans une situation dramatique.

Et pourquoi y être allé après l’ouragan ?
Marc : finalement c’est un sentiment bizarre. Ce n’est pas très agréable ni très confortable d’aller regarder une région dévastée ; ça met mal à l’aise, comment être témoin sans être voyeur ? mais tout, que ce soit les dégâts ou a reconstruction, mérite d’être raconté. Les gens de là-bas ont une attente pour que ce soit dit. Ils veulent qu’on ne croit pas que parce qu’on n’en parle pas, tout va bien. Ils ont une impression d’être laissés pour compte. J’ai répondu à ce besoin de pouvoir dire et faire comprendre.
La ville a besoin de gens qui aiment la musique. Et ses habitants sont reconnaissants à ceux qui s’intéressent à ce qui fait vivre les musiciens.
Il y a ceux qui se sont exilés, ceux qui sont restés et ceux qui sont entre les deux, qui restaurent tout en étant ailleurs. C’est une ambiance spéciale dans les quartiers désertés. Certains reconstruisent mais ne reviendront sans doute pas y habiter.

C’est donc la musique qui vous a conduit là-bas mais quelle musique, le blues ?
Marc : la musique de La Nouvelle Orléans ce n’est pas forcément le blues, c’est aussi le funk, la soul, le jazz. J’ai beaucoup d’amis au festival de Périgueux et je rencontre là beaucoup de musiciens.

Et votre « blues » ?
Marc : il me permet de me situer moi dans mon rapport avec les événements. Le film ne donne pas mon avis, il rapporte les propos des musiciens de là-bas, avec ma chanson je donne mon avis.